RDC : Jean-Gualbert Nyembo Shabani, l’économiste qui avait prévenu du piège du cuivre
Kinshasa, 21 août 2026 — La République démocratique du Congo perd l’une de ses grandes figures de l’économie nationale. Jean-Gualbert Nyembo Shabani, ancien gouverneur de la Banque du Zaïre, ancien ministre et ancien président-délégué général de la Gécamines Holding, est décédé ce vendredi 21 août 2026 à Kinshasa, à l’âge de 89 ans, selon plusieurs sources congolaises.
Mais au-delà de ses nombreuses responsabilités publiques, Nyembo Shabani laisse surtout une réflexion économique qui résonne avec une étonnante actualité : la nécessité pour le Congo de ne pas dépendre exclusivement de ses ressources minières.
Une thèse consacrée au cuivre
Né le 5 août 1937 à Kayanza, dans le territoire de Kongolo, Jean-Gualbert Nyembo Shabani effectue une partie de ses études à l’Université Lovanium de Kinshasa avant de poursuivre sa formation à l’Université catholique de Louvain, en Belgique, où il obtient une licence en sciences économiques en 1964.
Son parcours académique prend une dimension particulière lorsqu’il soutient, en 1975, son doctorat en sciences économiques. Sa thèse est consacrée à « L’industrie du cuivre dans le monde et le progrès économique du Copperbelt africain ». Il devient professeur à la Faculté des sciences économiques en 1976.
À travers l’étude du Copperbelt, cette région minière qui s’étend notamment entre la RDC et la Zambie, Nyembo Shabani analyse les opportunités mais aussi les vulnérabilités d’une économie fortement dépendante d’une matière première.
Son enseignement économique peut se résumer par une idée centrale : le cuivre peut être un puissant moteur de croissance, mais il ne doit pas devenir le seul moteur de l’économie nationale.
De l’université aux commandes de l’État
Après ses premières responsabilités économiques aux côtés du Premier ministre Moïse Tshombe, Nyembo Shabani entre au gouvernement en 1977 comme commissaire d’État à l’Économie nationale.
Il occupera ensuite plusieurs portefeuilles, notamment ceux du Portefeuille, de l’Agriculture, de l’Économie, de l’Industrie et du Commerce extérieur. En avril 1985, il est nommé président-délégué général de la Gécamines Holding, plaçant ainsi l’économiste qui avait étudié le cuivre au cœur même de l’un des principaux instruments miniers de l’État zaïrois.
Cette trajectoire donne une dimension particulière à sa réflexion : Nyembo Shabani n’était pas seulement un universitaire qui observait l’économie minière depuis les amphithéâtres. Il s’est retrouvé à diriger l’une des entreprises les plus stratégiques du pays.
En 1987, il revient au gouvernement et exerce successivement les fonctions de ministre des Finances et du Budget, ministre de l’Économie et de l’Industrie, puis vice-Premier ministre chargé des secteurs économique et financier.
Deux années à la tête de la Banque du Zaïre
Le 30 mars 1991, Jean-Gualbert Nyembo Shabani devient le huitième gouverneur de la Banque du Zaïre, fonction qu’il exerce jusqu’au 2 avril 1993.
Son passage intervient dans une période particulièrement difficile pour l’économie zaïroise, marquée par l’inflation, les déséquilibres financiers et la dégradation de la monnaie.
À la Banque centrale, il entreprend notamment une réorganisation institutionnelle en avril 1992. Il renforce également le rôle de l’Audit du gouverneur afin que celui-ci puisse contribuer à la réflexion sur les problèmes économiques, financiers et monétaires du pays.
Il s’entoure par ailleurs de deux vice-gouverneurs, chargés respectivement de la gestion courante et de la politique monétaire.
Un avertissement qui résonne encore en 2026
Cinquante et un ans après sa thèse, la question posée par Nyembo Shabani demeure au cœur du débat économique congolais.
La RDC est aujourd’hui l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre et occupe une position dominante dans le cobalt. La progression du secteur minier contribue fortement à la croissance économique, mais elle expose également le pays aux fluctuations des cours internationaux et à la concentration des exportations sur quelques matières premières.
C’est précisément là que la pensée de Nyembo Shabani retrouve son actualité.
Comment transformer les richesses minières en développement économique durable ?
Pour lui, l’exploitation du cuivre devait servir de levier à la transformation de l’économie, et non constituer une fin en soi. La diversification industrielle et agricole apparaissait ainsi comme une nécessité pour réduire la vulnérabilité du pays.
Son parcours institutionnel témoigne d’ailleurs de cette conviction. Il avait notamment contribué à la mise en place du Fonds de convention de développement, destiné à soutenir les investissements dans les secteurs industriel et agricole.
Une disparition qui relance une vieille question
La mort de Jean-Gualbert Nyembo Shabani intervient à un moment où la RDC cherche justement à mieux valoriser ses ressources naturelles, développer la transformation locale et réduire sa dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Son héritage dépasse donc largement ses fonctions de gouverneur, de ministre ou de dirigeant de la Gécamines.
Il laisse une question que le Congo se pose encore un demi-siècle plus tard : que faire de ses minerais pour qu’ils deviennent véritablement un instrument de transformation économique et sociale ?
En 1975, Nyembo Shabani posait déjà le problème.
En 2026, la RDC continue de chercher la réponse.


