Dialogue national en RDC : un premier pas vers la décrispation, mais un échiquier politique encore fragmenté
Éditorial
L’annonce par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de l’organisation d’un dialogue national, dont la facilitation devrait être confiée à la CENCO et à l’ECC, a déjà produit un premier effet politique : la coalition C64 a décidé de reporter la marche qu’elle prévoyait le 22 juillet, répondant favorablement à l’appel des responsables religieux. Elle demande toutefois que le dialogue soit officiellement convoqué au plus tard le 15 août, faute de quoi elle se réserve le droit de reprendre ses actions.
Ce premier geste constitue un signal d’apaisement. Mais il ne signifie pas pour autant que le consensus est acquis. Au contraire, les premières réactions révèlent une classe politique profondément divisée sur les contours, les objectifs et les conditions de ce dialogue.
La C64, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo, dit accepter le principe des discussions, tout en exigeant des garanties sur leur calendrier et leur crédibilité.
Le Front commun pour le Congo (FCC), la famille politique de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, adopte une posture plus prudente. Ses responsables expriment des réserves et attendent davantage de précisions sur le format, les participants et les objectifs du processus avant de s’engager.
Du côté de l’AFC/M23, le mouvement a indiqué qu’il ne participerait pas aux assises. Cette position confirme que la question sécuritaire dans l’Est du pays demeure étroitement liée aux équilibres politiques nationaux. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali continue de nier.
À l’inverse, plusieurs représentants des Wazalendo se disent favorables à un dialogue, mais posent une condition claire : que celui-ci reste un cadre de discussion « entre Congolais », sans légitimer les groupes armés engagés contre l’État.
Ces prises de position dessinent un véritable jeu d’échecs politique. Chaque acteur avance ses pièces avec prudence, cherchant à préserver son influence tout en évitant d’apparaître comme celui qui ferait échouer une initiative de paix.
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu dépasse désormais la simple annonce d’un dialogue. Il lui faudra convaincre que ce processus sera réellement inclusif, qu’il débouchera sur des engagements concrets et qu’il ne se limitera pas à une séquence politique de plus dans un pays où de nombreuses concertations nationales ont laissé un sentiment d’inachevé.
La médiation confiée aux confessions religieuses constitue un atout, tant la CENCO et l’ECC conservent une capacité d’écoute auprès de nombreuses composantes de la société congolaise. Mais leur mission s’annonce délicate : rapprocher des acteurs dont les lignes rouges restent nombreuses, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est, les tensions institutionnelles et la méfiance persistante entre majorité et opposition.
Le dialogue est désormais lancé. Reste à savoir si les principaux protagonistes accepteront de déplacer leurs lignes… ou s’ils continueront à jouer une partie où chaque mouvement est d’abord calculé en fonction des rapports de force politiques.


