Argentine-Bénin : derrière la fête de Messi, la polémique sur le traitement réservé aux Guépards
BUENOS AIRES — La soirée devait être historique pour le football mondial. Elle l’a été, mais pas uniquement pour les bonnes raisons.
Mardi 6 octobre, l’Argentine a battu le Bénin (3-0) au stade Monumental de Buenos Aires, à l’occasion du dernier match de Lionel Messi avec la sélection argentine. Devant plus de 85 000 spectateurs, le capitaine de l’Albiceleste a inscrit un but et délivré deux passes décisives pour ses adieux internationaux.
Pour les Guépards du Bénin, cette rencontre représentait pourtant bien davantage qu’un simple match amical. Affronter l’Argentine dans une enceinte mythique, face à Messi pour sa dernière apparition en sélection, constituait une occasion exceptionnelle de visibilité pour une équipe africaine encore en quête de reconnaissance sur la scène internationale.
Mais au lendemain de la rencontre, une polémique a éclaté sur les conditions dans lesquelles la délégation béninoise aurait été traitée.
Le journaliste français Romain Molina affirme que le Bénin n’aurait reçu aucune prime, aucune part des revenus générés par la rencontre, et qu’aucun échange de maillots ni aucune photo avec les joueurs argentins n’aurait été possible. Il affirme également que les joueurs béninois n’auraient pas été autorisés à accéder au couloir menant aux vestiaires argentins.
Sur le volet financier, ces affirmations doivent toutefois être distinguées des faits publiquement confirmés. Une lettre ouverte adressée avant la rencontre au président de la Fédération béninoise de football demandait déjà des éclaircissements sur l’accord conclu avec la Fédération argentine, plusieurs médias affirmant alors que le Bénin ne percevrait aucun cachet ni aucune part de la billetterie, des droits TV ou du sponsoring.
En revanche, sur le traitement réservé aux joueurs après le match, le sélectionneur du Bénin, Gernot Rohr, a lui-même exprimé sa déception. Il a expliqué que ses joueurs avaient tenté d’échanger leurs maillots avec les Argentins, sans succès, et qu’ils n’avaient même pas pu obtenir une photo avec Lionel Messi. Selon lui, la sécurité leur a également refusé l’accès au couloir et au vestiaire argentins.
Une question qui dépasse le simple échange de maillots
Le problème n’est évidemment pas de savoir si un joueur argentin devait obligatoirement poser pour une photo avec un joueur béninois ou lui offrir son maillot.
Le véritable sujet est celui du respect entre deux fédérations et deux sélections nationales.
Lorsqu’une rencontre internationale devient un événement commercial mondial, avec une billetterie massive, des droits audiovisuels, du sponsoring et une exposition médiatique exceptionnelle, la question de l’équilibre entre les partenaires de l’événement devient légitime.
Le risque, sinon, est de transformer une équipe invitée en simple élément de décor : suffisamment importante pour donner une dimension internationale au spectacle, mais pas suffisamment considérée pour être associée à sa valeur économique et symbolique.
C’est précisément ce sentiment qui nourrit aujourd’hui la controverse autour du déplacement des Guépards.
L’Afrique ne devrait-elle être qu’une vitrine ?
Le cas du Bénin pose une question plus large au football africain.
Combien de sélections africaines sont invitées à participer à de prestigieuses affiches internationales parce que leur présence permet d’organiser un événement attractif, tout en restant dans une position de dépendance économique et institutionnelle ?
La question mérite d’être posée sans opposer artificiellement l’Afrique à l’Argentine. L’Argentine avait parfaitement le droit de célébrer son capitaine et de protéger l’organisation de cette soirée historique. Mais le prestige d’un événement ne devrait pas dispenser ses organisateurs de transparence à l’égard de la sélection invitée.
Le football moderne est devenu une industrie. Et dès lors qu’il génère des revenus, les conditions financières d’un match international doivent être claires avant le coup d’envoi, pas découvertes après.
La polémique Argentine-Bénin pourrait donc servir de rappel : une sélection africaine ne doit pas être considérée comme un simple sparring-partner, encore moins comme un accessoire destiné à donner une dimension internationale à un événement commercial.
Le respect ne se mesure pas seulement à une poignée de main avant le match. Il se mesure aussi à la manière dont les partenaires sont traités avant, pendant et après la rencontre.
Et si le football veut véritablement se présenter comme un langage universel, cette universalité doit aussi se traduire dans les rapports entre fédérations, dans la transparence des accords et dans la considération accordée aux joueurs.
Le Bénin était venu participer à une page d’histoire du football mondial. Il ne devrait pas repartir avec le sentiment d’avoir seulement servi de décor à l’histoire des autres.
Jeampy Alivision


