Minembwe : Corneille Nangaa veut élargir le périmètre de la stabilité jusqu’au Grand Katanga

Minembwe : Corneille Nangaa veut élargir le périmètre de la stabilité jusqu’au Grand Katanga

« On ne peut pas stabiliser Minembwe à partir de Minembwe. » La formule de Corneille Nangaa, prononcée à l’occasion de la commémoration du 22ᵉ anniversaire du massacre de Gatumba, au Burundi, relance le débat sur les ressorts régionaux de la crise sécuritaire dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

Pour le coordonnateur politique de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), la question de Minembwe ne saurait être traitée comme une crise strictement locale. Sa stabilité, estime-t-il, devrait être pensée à l’échelle d’un espace beaucoup plus vaste, allant de l’Est du pays jusqu’au Grand Katanga.

Dans son analyse, Nangaa cite notamment Goma et Bukavu, mais aussi Fizi, Baraka, Uvira et Kalemie, avant d’insister sur le rôle qu’il attribue à Kolwezi et Lubumbashi.

Une lecture qui élargit considérablement le champ géographique du dossier Minembwe. Elle suggère que les équilibres sécuritaires, politiques et économiques de cette partie de la République démocratique du Congo seraient interdépendants, au point que la recherche d’une solution durable ne pourrait se limiter aux seules zones directement touchées par les affrontements.

Du Sud-Kivu au Grand Katanga

Le choix de citer Kolwezi et Lubumbashi n’est pas anodin. Ces deux villes constituent des pôles majeurs du Grand Katanga et se trouvent au cœur d’un espace économique stratégique pour la RDC.

Dans la vision défendue par Nangaa, leur implication dans la réflexion sur Minembwe participerait donc d’une approche plus large : relier les enjeux sécuritaires du Sud-Kivu aux dynamiques politiques, économiques et territoriales qui traversent l’est et le sud-est du pays.

Cette déclaration intervient dans un contexte où Minembwe reste au centre de fortes tensions communautaires et sécuritaires. Le souvenir du massacre de Gatumba, commis le 13 août 2004 contre des réfugiés congolais, majoritairement Banyamulenge, demeure par ailleurs profondément ancré dans la mémoire collective. Les Nations unies et Human Rights Watch ont documenté les circonstances de cette attaque et les différentes versions concernant ses responsables.

Une déclaration qui ne passe pas inaperçue

La sortie de Corneille Nangaa prend une dimension particulière en raison de sa position à la tête de l’AFC, mouvement politico-militaire allié au M23. Le Conseil de sécurité des Nations unies rappelle que l’AFC est sous régime de sanctions et accuse sa direction d’avoir contribué aux activités politiques et militaires menées avec le M23 dans l’est de la RDC.

Dans ce contexte, l’évocation du Grand Katanga peut être interprétée comme une volonté d’inscrire la question de Minembwe dans une problématique nationale plus large. Elle pose surtout une question de fond : jusqu’où doit s’étendre le périmètre d’une éventuelle stratégie de stabilisation de l’Est congolais ?

Pour Nangaa, la réponse dépasse clairement les frontières administratives de Minembwe. Reste à savoir si cette vision peut trouver un écho auprès des autorités congolaises, des acteurs locaux et des différentes communautés concernées.

Car derrière la formule — « on ne peut pas stabiliser Minembwe à partir de Minembwe » — se dessine une autre bataille : celle de la définition même de l’espace dans lequel doit être pensée la paix dans l’Est de la RDC.

Une équation qui, dans la lecture de Nangaa, va désormais de Minembwe jusqu’à Lubumbashi.

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