RDC : des traces d’uranium dans les exportations de cobalt ? Une enquête relance le débat
KINSHASA – Officiellement, la République démocratique du Congo ne produit plus d’uranium. Pourtant, une enquête publiée le 30 juillet par le Financial Times, en partenariat avec Lighthouse Reports, affirme que des quantités importantes d’uranium auraient quitté le pays, mélangées aux exportations de cobalt en provenance du Katanga.
L’enquête s’appuie notamment sur un mémo interne de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ainsi que sur une étude scientifique récente. Les auteurs estiment qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturellement présent dans les minerais de cobalt auraient été exportées entre 2000 et 2024, principalement vers la Chine, sans être déclarées comme des exportations d’uranium.
Selon les chercheurs, cet uranium ne serait pas exporté comme un produit minier recherché, mais comme une impureté naturelle contenue dans les minerais de cuivre et de cobalt exploités dans la ceinture cuprifère du Katanga. Ils soulignent néanmoins que ces volumes soulèvent des questions en matière de protection des travailleurs, d’environnement et de contrôle des matières radioactives.
L’enquête cite notamment la mine de Tenke Fungurume, exploitée par le groupe chinois CMOC, où des documents internes feraient état, par le passé, de niveaux d’uranium supérieurs aux seuils réglementaires dans certains concentrés de cobalt. Le groupe CMOC rejette toutefois ces affirmations et conteste les conclusions de l’enquête.
Les experts interrogés rappellent qu’il n’existe, à ce stade, aucune preuve que cet uranium ait été récupéré ou utilisé à des fins nucléaires. L’AIEA indique par ailleurs ne disposer d’aucun élément montrant que la RDC aurait manqué à ses obligations internationales en matière de garanties nucléaires.
Cette affaire relance cependant le débat sur le renforcement des contrôles radiologiques dans le secteur minier congolais, alors que la RDC demeure le premier producteur mondial de cobalt, un métal stratégique pour les batteries des véhicules électriques et les technologies de la transition énergétique.
Jeampy ALIVISION


