RDC : Julien Paluku cloue Joseph Kabila au pilori et brise le silence sur les zones d’ombre des guerres dans l’Est
Dans une tribune publiée le 11 octobre 2026, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu revient sur plusieurs épisodes militaires survenus entre 2008 et 2013. Il met en cause les choix de Joseph Kabila dans la gestion des conflits armés et établit un parallèle avec la crise sécuritaire actuelle dans l’Est de la République démocratique du Congo. Un témoignage politique qui ravive le débat sur les responsabilités dans les guerres successives ayant endeuillé la région.
Joseph Kabila de nouveau au cœur de la controverse politique en République démocratique du Congo. Dans une tribune intitulée « L’Aveu de Goma : le grand masque enfin tombé », publiée le 11 octobre 2026, Julien Paluku livre une critique sévère de l’ancien président et revient sur plusieurs événements militaires qui ont marqué l’histoire récente de l’Est congolais.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu s’appuie sur son expérience politique et sur les événements auxquels il affirme avoir été confronté pour revisiter les épisodes majeurs des conflits armés dans cette partie du pays. Des combats de Tongo en 2008 à la défaite du M23 en 2013, il met en lumière des décisions militaires et politiques qu’il juge déterminantes pour comprendre les difficultés persistantes des Forces armées de la RDC (FARDC).
Au centre de sa tribune figure également la présence de Joseph Kabila à Goma en 2025, alors que la ville était sous le contrôle de l’AFC/M23. Pour Julien Paluku, cet épisode soulève une question fondamentale : comment comprendre la posture de l’ancien chef de l’État face à un mouvement armé qui remet en cause l’autorité de Kinshasa dans une partie du territoire national ?
De Tongo à Goma, un passé militaire remis sur la table
Julien Paluku revient d’abord sur les combats de Tongo, en 2008, au cours desquels les forces gouvernementales affrontaient les éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dirigé par Laurent Nkunda, avec notamment Bosco Ntaganda dans ses rangs.
Selon son récit, les FARDC auraient reçu l’ordre d’interrompre les combats à un moment où les forces rebelles se trouvaient en difficulté. Il estime que cette décision a contribué à inverser le rapport de force sur le terrain, favorisant la progression du CNDP et la chute du camp militaire de Rumangabo.
Cet épisode constitue l’un des premiers éléments de sa démonstration. L’ancien gouverneur y voit un exemple des contradictions qui auraient marqué la conduite des opérations militaires sous Joseph Kabila, alors que l’armée congolaise était engagée dans une lutte pour préserver le contrôle de territoires stratégiques du Nord-Kivu.
En revenant sur ces événements, Julien Paluku entend replacer les décisions de l’époque dans le débat actuel sur la souveraineté nationale et la responsabilité des dirigeants dans la gestion des conflits armés.
L’opération « Umoja Wetu » et les relations avec Kigali
La tribune revient ensuite sur l’arrestation de Laurent Nkunda, intervenue en janvier 2009 au Rwanda, et sur le lancement de l’opération militaire conjointe « Umoja Wetu », menée par les armées congolaise et rwandaise.
Julien Paluku conteste la lecture officielle de cette séquence et l’interprète comme le résultat d’un arrangement politique entre Joseph Kabila et Paul Kagame.
Cette opération avait marqué un tournant dans les relations sécuritaires entre Kinshasa et Kigali. Présentée à l’époque comme une initiative visant notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), elle avait également conduit à une nouvelle configuration des rapports de force dans l’Est congolais.
Pour l’ancien gouverneur, les choix effectués durant cette période doivent être examinés à la lumière des développements ultérieurs, notamment les nouvelles rébellions et la persistance de l’insécurité dans les provinces orientales.
La chute de Goma en 2012 : une blessure toujours ouverte
Autre épisode majeur évoqué dans la tribune : la prise de Goma par le M23, en novembre 2012.
Le mouvement rebelle s’était emparé de la capitale du Nord-Kivu le 20 novembre, avant de se retirer le 1er décembre, dans un contexte de pressions diplomatiques régionales.
Julien Paluku revient sur cette séquence pour dénoncer ce qu’il considère comme des incohérences dans la gestion politique et militaire de la crise. Il estime que le retrait du M23 n’avait pas réglé les causes profondes du conflit et que les événements de cette période doivent être analysés au-delà des annonces diplomatiques.
La prise de Goma avait pourtant constitué un revers majeur pour le gouvernement congolais et provoqué une forte mobilisation internationale. Elle avait également ravivé les accusations de soutien rwandais au M23, accusations contestées par Kigali à différentes périodes.
En établissant un lien entre cet épisode et la situation actuelle, Julien Paluku inscrit la crise de 2025 dans une continuité historique. La présence de Joseph Kabila à Goma, sous contrôle de l’AFC/M23, prend ainsi une dimension particulière dans son argumentation.
Bosco Ntaganda, Amani Leo et les contradictions de la stratégie militaire
L’ancien gouverneur critique également la place accordée à Bosco Ntaganda dans les dispositifs militaires mis en place à l’époque.
Il revient notamment sur l’opération Amani Leo et sur les responsabilités confiées à certains anciens chefs de groupes armés intégrés dans les structures de sécurité congolaises.
Cette politique d’intégration, présentée comme un moyen de mettre fin aux rébellions, avait soulevé de nombreuses questions sur la discipline militaire, la loyauté des combattants et la capacité de l’État à restaurer durablement son autorité.
Bosco Ntaganda rejoindra ensuite le M23 en 2012. Il sera finalement transféré à la Cour pénale internationale, qui le condamnera en 2019 pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis en Ituri entre 2002 et 2003.
Pour Julien Paluku, cette trajectoire illustre les limites des arrangements successifs conclus avec certains chefs de guerre. Il estime que les décisions prises à l’époque ont eu des conséquences durables sur la stabilité de l’appareil militaire congolais.
Chanzu, en 2013 : la victoire contre le M23 au cœur du témoignage
La bataille de Chanzu, en novembre 2013, occupe également une place importante dans la tribune.
À cette époque, les FARDC, appuyées par la brigade d’intervention de la MONUSCO, avaient lancé une offensive contre le M23. Les combats s’étaient achevés par la défaite militaire du mouvement rebelle, qui avait annoncé la fin de sa rébellion.
Julien Paluku affirme que le général Bahuma aurait reçu des instructions visant à limiter la poursuite des opérations contre les positions rebelles. Selon son témoignage, les responsables militaires sur le terrain auraient finalement poursuivi l’offensive, contribuant à la défaite du M23.
Il évoque également des tensions entre Joseph Kabila et certains officiers impliqués dans les opérations.
Ces déclarations mettent en lumière une question centrale dans son argumentation : celle de la marge de manœuvre des commandants militaires face aux décisions politiques, dans un contexte où la reconquête territoriale constituait un enjeu majeur pour l’État congolais.
L’ancien gouverneur rappelle par ailleurs les décès du colonel Mamadou, en janvier 2014, et du général Bahuma, en août de la même année. Il les présente comme des figures importantes de la lutte contre les groupes armés dans l’Est.
L’armée congolaise au centre des critiques
Au-delà des épisodes militaires, Julien Paluku conteste le bilan sécuritaire de Joseph Kabila. Il remet en question l’affirmation selon laquelle l’ancien président aurait laissé à son successeur une armée suffisamment structurée et opérationnelle pour défendre efficacement l’intégrité territoriale du pays.
Il critique notamment les mécanismes de brassage et de mixage des combattants issus de différents groupes armés, ainsi que certaines nominations au sein de la hiérarchie militaire.
Selon lui, ces choix auraient fragilisé la cohésion des forces de défense et favorisé la persistance de réseaux d’influence au sein de l’appareil sécuritaire.
Cette critique intervient dans un contexte où les FARDC restent confrontées à plusieurs défis : modernisation des équipements, discipline des troupes, coordination des opérations et lutte contre les groupes armés.
La tribune de Julien Paluku remet ainsi au centre du débat la question de la responsabilité des dirigeants politiques dans la construction d’une armée nationale capable de protéger durablement les populations et les frontières du pays.
Corruption et droits humains : une contre-attaque politique
Julien Paluku élargit également sa critique à la gouvernance de Joseph Kabila.
Il reproche à l’ancien président de dénoncer les dérives du pouvoir actuel sans, selon lui, apporter suffisamment d’explications sur les controverses qui ont marqué ses propres années au pouvoir.
Il évoque notamment les Panama Papers, révélés en 2016, ainsi que l’enquête Congo Hold-up, publiée en 2021, qui a mis en lumière des opérations financières et des transactions liées à des réseaux économiques et politiques congolais.
L’ancien gouverneur rappelle également la suspension de la RDC du dispositif commercial américain AGOA en 2010, puis sa réintégration en 2020.
Ces références s’inscrivent dans une confrontation politique plus large sur le bilan des administrations successives. Elles illustrent la volonté de Julien Paluku de replacer les critiques formulées par Joseph Kabila dans une perspective historique, en opposant les déclarations de l’ancien chef de l’État aux controverses ayant marqué son passage au pouvoir.
Félix Tshisekedi, la souveraineté nationale et la crise de l’Est
Dans la dernière partie de sa tribune, Julien Paluku exprime clairement son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi.
Il présente la défense de l’intégrité territoriale comme une priorité nationale et appelle les Congolais, particulièrement ceux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à rejeter les initiatives qu’il considère comme susceptibles d’affaiblir l’autorité de Kinshasa.
L’ancien gouverneur reproche également à Joseph Kabila de ne pas avoir suffisamment évoqué les souffrances des populations de l’Est, confrontées aux déplacements forcés, aux violences armées et à la dégradation des conditions de vie.
Son argumentation dépasse ainsi la seule relecture des événements militaires. Elle s’inscrit dans une bataille politique autour de la légitimité des dirigeants, de la souveraineté nationale et de la responsabilité historique des acteurs ayant exercé le pouvoir.
Une tribune qui relance le débat sur les responsabilités historiques
Avec L’Aveu de Goma : le grand masque enfin tombé, Julien Paluku remet en circulation plusieurs épisodes déterminants de l’histoire sécuritaire congolaise. Son texte relie les affrontements de 2008, les accords sécuritaires de 2009, la prise de Goma en 2012 et la défaite du M23 en 2013 à la crise actuelle dans l’Est du pays.
Sa démarche consiste à montrer que les événements récents ne peuvent être compris indépendamment des choix politiques et militaires effectués au cours des années précédentes.
La présence de Joseph Kabila à Goma en 2025 constitue, dans cette lecture, le point de départ d’une interrogation plus large sur les relations entre pouvoir politique, groupes armés et souveraineté nationale.
En prenant publiquement position, Julien Paluku assume une confrontation directe avec l’ancien président. Son témoignage contribue à alimenter le débat sur les responsabilités historiques dans les guerres de l’Est, alors que la RDC continue de faire face aux conséquences humaines, territoriales et politiques de ces conflits.
Au-delà de la controverse entre deux figures de la vie politique congolaise, une question demeure au cœur du débat national : comment établir toutes les responsabilités dans les guerres successives de l’Est et garantir que les leçons du passé permettent de prévenir de nouvelles crises ?
J.A


