RDC : les révélations de Julien Paluku prennent une nouvelle dimension après la création du front rebelle de Kabila
La désignation de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé le 12 octobre à Goma, donne une nouvelle résonance à la tribune publiée la veille par Julien Paluku. L’ancien gouverneur du Nord-Kivu y revenait sur plusieurs épisodes des guerres dans l’Est congolais, mettant en cause des décisions militaires et politiques prises sous la présidence de Joseph Kabila.
Les événements se sont enchaînés en moins de 24 heures. Le 11 octobre 2026, Julien Paluku publiait une tribune intitulée « L’Aveu de Goma : le grand masque enfin tombé ». Le lendemain, à Goma, Joseph Kabila était désigné à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle coalition politico-militaire présentée comme succédant à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
Cette succession d’annonces donne une nouvelle dimension à la prise de parole de l’ancien gouverneur du Nord-Kivu. Dans son texte, Julien Paluku revient sur plusieurs épisodes militaires survenus entre 2008 et 2013, qu’il estime révélateurs des contradictions ayant marqué la gestion des conflits dans l’Est de la République démocratique du Congo.
La création du FRN vient désormais placer ces accusations dans un contexte politique nouveau : Joseph Kabila ne se trouve plus seulement au centre d’une controverse sur son rôle passé. Il a été officiellement désigné à la tête d’une structure politico-militaire dont les dirigeants annoncent vouloir combattre le pouvoir de Kinshasa, y compris par la force.
Julien Paluku avait-il vu venir ce tournant ?
Dans sa tribune, Julien Paluku explique que l’arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025 l’a conduit à revisiter plusieurs événements auxquels il avait été confronté lorsqu’il dirigeait le Nord-Kivu.
L’ancien gouverneur affirme avoir longtemps eu du mal à comprendre certaines décisions militaires et politiques prises durant la présidence de Joseph Kabila. Il estime que les développements ultérieurs lui ont permis de relire différemment plusieurs épisodes de cette période.
Son texte s’articule autour de six événements majeurs : les combats de Tongo en 2008, l’arrestation de Laurent Nkunda et l’opération Umoja Wetu en 2009, la prise de Goma par le M23 en 2012, la nomination de Bosco Ntaganda dans les opérations Amani Leo, la bataille de Chanzu en 2013 et la disparition de deux officiers congolais en 2014.
À travers cette chronologie, Julien Paluku remet en question les choix opérés sous Joseph Kabila et conteste le bilan sécuritaire de son ancien collaborateur.
La désignation de ce dernier à la tête du FRN donne aujourd’hui un relief particulier à cette tribune. Les interrogations soulevées par l’ancien gouverneur prennent une dimension nouvelle à la lumière de l’alliance désormais affichée entre Joseph Kabila et plusieurs dirigeants associés à l’AFC/M23.
De Tongo à Chanzu, les épisodes qui nourrissent les accusations
Julien Paluku revient notamment sur les combats de Tongo, dans le territoire de Rutshuru, en 2008. Selon son récit, les FARDC auraient reçu l’ordre d’interrompre les combats alors que les forces de Laurent Nkunda et de Bosco Ntaganda se trouvaient en difficulté. Il estime que cette décision aurait contribué à la progression du CNDP et à la chute du camp militaire de Rumangabo.
Il évoque ensuite l’arrestation de Laurent Nkunda au Rwanda, le 21 janvier 2009, suivie de l’opération militaire conjointe Umoja Wetu entre les armées congolaise et rwandaise. L’ancien gouverneur considère cette séquence comme le résultat d’un arrangement politique entre Joseph Kabila et Paul Kagame.
Son récit se poursuit avec la prise de Goma par le M23, du 20 novembre au 1er décembre 2012. Pour Julien Paluku, le retrait des rebelles après des initiatives diplomatiques régionales soulève des questions sur les rapports entre les acteurs politiques et militaires de l’époque.
Il critique également la place accordée à Bosco Ntaganda dans les dispositifs militaires congolais, avant le ralliement de ce dernier au M23 en 2012.
Enfin, il revient sur la bataille de Chanzu, en novembre 2013, lors de laquelle les FARDC, appuyées par la brigade d’intervention de la MONUSCO, avaient contribué à la défaite militaire du M23.
Selon Julien Paluku, certaines instructions données aux commandants congolais auraient pu entraver la poursuite des opérations contre les rebelles. Il évoque également les décès du colonel Mamadou, en janvier 2014, et du général Bahuma, en août de la même année.
L’ancien gouverneur présente ces événements comme autant d’éléments permettant de comprendre les faiblesses qu’il attribue à la gestion militaire sous Joseph Kabila.
Le FRN officialise un nouveau rapprochement politico-militaire
L’annonce du 12 octobre à Goma constitue le fait nouveau majeur.
Le Front pour la refondation de la nation a désigné Joseph Kabila à sa tête. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa occupent les fonctions de vice-présidents, tandis que Sultani Makenga est annoncé comme chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise, avec rang de vice-président.
La nouvelle structure rassemble ainsi l’ancien président et plusieurs figures centrales de l’AFC/M23. Son acte fondateur annonce la fin de l’Alliance Fleuve Congo et précise que le FRN lui succède.
Le document constitutif affirme que le nouveau front entend fédérer et coordonner les forces de résistance afin de mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie », en envisageant explicitement le recours à la force contre le pouvoir de Kinshasa. Il présente également le mouvement comme une alternative politique à la gouvernance actuelle.
Cette évolution marque un changement notable dans la position publique de Joseph Kabila. Ancien chef de l’État de 2001 à 2019, il prend désormais la direction d’une coalition politico-militaire engagée dans la confrontation avec les institutions dirigées par son successeur, Félix-Antoine Tshisekedi.
La question n’est donc plus uniquement celle de ses relations passées avec les responsables de l’AFC/M23. Elle concerne désormais son rôle déclaré à la tête de cette nouvelle organisation et les conséquences de cette décision pour la crise sécuritaire.
Une nouvelle lecture de la crise dans l’Est
La tribune de Julien Paluku et la création du FRN se rejoignent autour d’une question centrale : comment interpréter les relations entre les dirigeants politiques congolais, les groupes armés et les enjeux régionaux dans les conflits qui ravagent l’Est du pays ?
En revenant sur les événements de 2008, 2009, 2012 et 2013, l’ancien gouverneur propose une lecture historique de la crise actuelle. Il considère que les choix effectués sous Joseph Kabila ont contribué à fragiliser l’appareil militaire et à maintenir des rapports complexes entre les autorités politiques et les anciens chefs de guerre.
La création du FRN donne à cette analyse une nouvelle actualité. L’ancien président apparaît désormais à la tête d’une structure qui rassemble plusieurs dirigeants de l’AFC/M23 et revendique ouvertement la possibilité de recourir à la force contre le gouvernement congolais.
Ce changement de configuration pose également la question de la place des acteurs congolais dans un conflit où le rôle du Rwanda demeure au centre des tensions diplomatiques et sécuritaires.
La désignation de Joseph Kabila à la tête du front ne suffit pas, à elle seule, à déterminer l’ensemble des rapports de commandement ou des soutiens extérieurs. Elle officialise toutefois une nouvelle alliance politique et militaire dont les objectifs déclarés s’opposent à ceux du pouvoir central.
Joseph Kabila face à son propre bilan
Dans sa tribune, Julien Paluku conteste également l’affirmation de Joseph Kabila selon laquelle il aurait laissé une armée opérationnelle à son successeur.
Il critique les politiques de brassage et de mixage des combattants, certaines promotions militaires et ce qu’il décrit comme des infiltrations étrangères dans les structures de commandement.
L’ancien gouverneur s’attaque aussi au discours de Joseph Kabila sur la corruption et les droits humains, en évoquant notamment les Panama Papers de 2016 et l’enquête Congo Hold-up de 2021.
Ces références traduisent une volonté de confronter les critiques actuelles de l’ancien président à son propre bilan. Pour Julien Paluku, la défense de l’intégrité territoriale et la responsabilité historique des dirigeants doivent être au cœur du débat national.
La création du FRN accentue cette confrontation. En prenant la tête d’une coalition politico-militaire qui revendique le recours à la force, Joseph Kabila s’expose désormais à des questions directes sur ses objectifs, ses alliances et les conséquences de son engagement dans la crise.
Une tribune qui prend une nouvelle dimension
La proximité entre les deux événements est frappante : Julien Paluku publie sa tribune le 11 octobre ; le lendemain, Joseph Kabila est désigné à la tête du FRN à Goma.
L’ancien gouverneur avait consacré son texte à une relecture critique des guerres passées et des décisions militaires prises sous l’ancien président. La création du nouveau front place aujourd’hui cette analyse dans un contexte politique et sécuritaire profondément renouvelé.
Pour les partisans de Julien Paluku, cette annonce renforce la pertinence des interrogations qu’il avait formulées sur le parcours de Joseph Kabila et sur ses relations avec les responsables des rébellions dans l’Est.
Au-delà de la confrontation entre deux figures politiques, l’enjeu demeure celui de la souveraineté nationale, de la protection des populations et de l’avenir des négociations destinées à mettre fin aux hostilités.
La création du FRN ouvre une nouvelle séquence dans la crise congolaise. Elle officialise la direction de Joseph Kabila à la tête d’une coalition politico-militaire et pose de nouvelles questions sur les responsabilités des acteurs engagés dans le conflit.
La tribune de Julien Paluku prend ainsi une nouvelle dimension : elle ne se limite plus à une relecture des guerres passées, mais s’inscrit désormais dans un débat national sur les alliances, les choix politiques et les conséquences de la confrontation armée dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Jeampy ALIVISION


