Japon-Russie : les exercices de missiles de Moscou ravivent la querelle des îles Kouriles

Japon-Russie : les exercices de missiles de Moscou ravivent la querelle des îles Kouriles

TOKYO — La tension monte de nouveau entre le Japon et la Russie autour des îles Kouriles. Tokyo a indiqué vendredi 21 août avoir officiellement protesté auprès de Moscou après avoir été informé de projets russes de tirs de missiles au large d’îles que les deux pays se disputent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’annonce intervient quelques jours seulement après une visite particulièrement symbolique de Vladimir Poutine dans l’archipel. Le président russe s’est rendu le 13 août sur Iturup, l’une des quatre îles méridionales revendiquées par Tokyo et administrées par Moscou depuis 1945. Il s’agissait de sa première visite officielle dans ces territoires disputés.

Pour Tokyo, la succession des événements est difficile à interpréter comme une simple coïncidence.

Une démonstration de force russe

Moscou a engagé d’importants exercices militaires dans les eaux entourant les Kouriles. Les manœuvres impliquent notamment des bâtiments de la flotte russe du Pacifique, des sous-marins et des systèmes de défense côtière.

Selon les informations communiquées par les autorités russes, des missiles antinavires ont été tirés contre des cibles simulant des navires ennemis. Le croiseur lance-missiles Varyag et le sous-marin nucléaire Omsk ont notamment participé aux tirs, aux côtés d’un système côtier Bastion. Les exercices auraient permis d’atteindre des cibles situées à plus de 300 kilomètres.

L’ampleur générale des manœuvres est également significative : Moscou a annoncé la participation d’environ 60 navires, 30 aéronefs et plus de 13 000 militaires dans plusieurs zones de l’Extrême-Orient russe.

Pour la Russie, il s’agit officiellement d’exercices destinés à tester ses capacités militaires et à renforcer la défense de ses territoires orientaux. Mais leur proximité avec les îles revendiquées par le Japon leur confère une dimension politique évidente.

Tokyo dénonce une militarisation « inacceptable »

Le gouvernement japonais considère les quatre îles méridionales — Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai — comme ses « Territoires du Nord ».

Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a dénoncé le renforcement militaire russe dans ces territoires, estimant que les exercices de missiles étaient incompatibles avec la position de Tokyo sur leur statut.

Le Japon avait déjà protesté le 5 août après avoir été informé des exercices russes. La nouvelle protestation intervient donc dans un climat diplomatique particulièrement tendu.

Moscou, de son côté, considère les îles comme faisant pleinement partie du territoire russe. La Russie a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur japonais à Moscou le 18 août pour protester contre les déclarations japonaises concernant la visite de Poutine.

Une vieille dispute qui empoisonne toujours les relations

La querelle remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Union soviétique s’était emparée des îles en 1945 et avait expulsé la population japonaise.

Depuis, Tokyo et Moscou n’ont jamais réussi à régler définitivement leur différend territorial. Cette question a notamment empêché les deux pays de conclure un véritable traité de paix mettant officiellement fin à leur contentieux historique.

La guerre en Ukraine a encore compliqué la situation. Le Japon s’est aligné sur les sanctions occidentales contre la Russie, tandis que Moscou a abandonné plusieurs mécanismes de dialogue avec Tokyo concernant les Kouriles.

Pourquoi les Kouriles sont-elles si importantes ?

Au-delà de leur valeur symbolique, ces îles possèdent une importance militaire et géostratégique considérable.

L’archipel s’étend entre Hokkaido, au nord du Japon, et la péninsule russe du Kamtchatka. Les Kouriles permettent à Moscou de contrôler les accès entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique.

Pour la Russie, leur maintien sous contrôle constitue donc un élément important de sa posture militaire dans l’Extrême-Orient. La présence de systèmes de missiles côtiers et de forces navales y renforce cette profondeur stratégique.

Pour le Japon, au contraire, la présence militaire russe sur ces territoires constitue une remise en cause de ses revendications historiques et une source directe d’inquiétude sécuritaire.

Poutine envoie un message

La visite de Vladimir Poutine à Iturup, suivie d’exercices militaires et de tirs de missiles, donne à cette séquence une forte portée politique.

Le Kremlin cherche à rappeler que Moscou entend exercer pleinement sa souveraineté sur les Kouriles, indépendamment des revendications japonaises.

Mais le message peut également dépasser le seul Japon. Dans un contexte de rapprochement militaire croissant entre Tokyo et Washington, la Russie cherche à montrer qu’elle reste capable de projeter et de maintenir des forces importantes dans le Pacifique.

Les autorités russes justifient d’ailleurs une partie de leurs activités militaires dans la région par l’évolution de l’environnement sécuritaire et l’intensification des activités de l’OTAN.

Vers une nouvelle escalade ?

Pour l’heure, rien n’indique que Tokyo et Moscou se dirigent vers un affrontement militaire direct. Mais la multiplication des démonstrations de force réduit progressivement l’espace diplomatique.

Le Japon proteste contre les exercices russes. La Russie répond en dénonçant les positions japonaises. Poutine se rend sur une île revendiquée par Tokyo. Quelques jours plus tard, Moscou organise des tirs de missiles dans la région.

La vieille querelle des Kouriles retrouve ainsi une dimension militaire qu’elle n’avait plus connue depuis longtemps.

Dans le contexte plus large des tensions entre la Russie, le Japon et les États-Unis en Asie-Pacifique, les îles Kouriles pourraient redevenir l’un des points de friction les plus sensibles de la région.

Pour Tokyo comme pour Moscou, le message est désormais clair : sur ces territoires disputés, aucune des deux puissances ne semble disposée à céder.

JeampyAlivision

Japon-Russie : les exercices de missiles de Moscou ravivent la querelle des îles Kouriles. Photo AFP
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