Est de la RDC : Moscou accuse d’anciens combattants d’Ukraine de piloter des drones
New York/Kinshasa – La Russie a affirmé devant le Conseil de sécurité des Nations unies que des mercenaires étrangers, parmi lesquels d’anciens combattants ayant une expérience du conflit en Ukraine, pourraient être impliqués dans l’utilisation de drones dans l’Est de la République démocratique du Congo. Des accusations qui, à ce stade, n’ont pas été confirmées par une enquête indépendante.
Lors d’une réunion consacrée à la situation sécuritaire en RDC, le 26 juin, la chargée d’affaires de la mission russe auprès de l’ONU, Anna Evstigneeva, a fait état d’informations faisant état de la présence d’opérateurs étrangers de drones dans la région des Kivus. Selon elle, certains auraient acquis une expérience militaire sur le front ukrainien avant d’être déployés en Afrique centrale.
La diplomate russe a notamment évoqué les frappes de drones ayant causé des victimes civiles, citant l’attaque du 11 mars à Goma qui avait coûté la vie à un membre du personnel de l’UNICEF. Elle a toutefois évité d’attribuer ces opérations à un groupe précis et n’a fourni ni identité, ni nationalité, ni élément matériel permettant d’étayer ces affirmations.
Dans son compte rendu de la séance, l’ONU rapporte que Moscou s’est dit préoccupé par « des informations selon lesquelles des mercenaires étrangers, dont certains ont acquis une expérience du combat en Ukraine, seraient employés comme instructeurs et opérateurs de drones ». Ces déclarations restent donc, pour l’heure, au stade d’allégations.
La prudence est de mise alors que l’Est de la RDC traverse une crise sécuritaire persistante. Devant le Conseil de sécurité, le représentant de la mission des Nations unies en RDC, James Swan, a dressé un tableau préoccupant d’une région toujours marquée par les affrontements entre les forces gouvernementales congolaises, les groupes armés locaux et la coalition AFC/M23 soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports internationaux.
Malgré les initiatives diplomatiques engagées, notamment l’accord conclu à Washington entre Kinshasa et Kigali ainsi que le processus de médiation conduit à Doha, les violences se poursuivent dans plusieurs zones de l’Est congolais.
Au-delà de l’accusation russe, l’usage croissant des drones dans les conflits armés de la région est une réalité désormais documentée. Ces technologies modifient les modes opératoires des groupes armés et augmentent les risques pour les populations civiles, déjà confrontées aux déplacements massifs et à une grave crise humanitaire.
Lors de la même intervention, Moscou a également alerté sur la menace représentée par les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé d’origine ougandaise actif dans l’Est de la RDC et affilié à l’organisation État islamique selon plusieurs sources internationales.
La Russie a ainsi présenté les drones, les combattants étrangers présumés et les groupes terroristes comme des facteurs aggravant l’instabilité régionale. Mais concernant l’implication d’anciens combattants venus d’Ukraine dans le pilotage de drones en RDC, aucune confirmation indépendante n’existe à ce jour.
L’affaire illustre une nouvelle dimension de la guerre informationnelle autour du conflit dans l’Est congolais : entre accusations diplomatiques, réalités sécuritaires et nécessité d’établir les faits par des enquêtes vérifiables.


