« Avant l’indépendance = après l’indépendance » : la doctrine controversée du général Émile Janssens
À la veille de l’indépendance du Congo, le dernier commandant en chef de la Force publique du Congo belge, le général Émile Janssens, défendait une vision rigide de la discipline militaire, estimant que le changement de statut politique du pays ne devait en rien modifier les rapports hiérarchiques au sein de l’armée.
Dans ses mémoires publiées en 1973 sous le titre Au fil d’une vie, il revient sur la célèbre formule qu’il avait inscrite sur un tableau noir devant les militaires congolais : « Avant l’indépendance = après l’indépendance. »
Pour Émile Janssens, le soldat devait continuer à obéir à sa hiérarchie « en toutes circonstances », indépendamment de l’accession du Congo à la souveraineté nationale. Il rejetait les critiques suscitées par cette déclaration, qu’il jugeait incompatibles avec les exigences de la discipline militaire.
« Le militaire doit obéir à ses chefs en toutes circonstances, et l’indépendance politique d’un pays n’a rien à voir avec la discipline qui doit être et rester ferme. Oui, j’ai même écrit, sur un tableau noir que, pour le militaire, « avant l’indépendance = après l’indépendance ». Des esprits légers m’ont reproché cette phrase, mais il est enfantin d’imaginer que, dans les graves circonstances où nous étions, on aurait pu améliorer les choses par des paroles à l’eau de rose. »
— Émile Janssens, Au fil d’une vie (1973), pp. 440-441.
Cette phrase est entrée dans l’histoire du Congo comme l’un des symboles des tensions ayant précédé la mutinerie de la Force publique, quelques jours seulement après l’indépendance du 30 juin 1960. Elle demeure aujourd’hui un témoignage des profondes incompréhensions entre les autorités coloniales et les aspirations des militaires congolais à une véritable émancipation.
Jeampy ALIVISION


