RDC : Enquête | Frappe de drone à Goma : ce que révèle le rapport des experts de l’ONU

RDC : Enquête | Frappe de drone à Goma : ce que révèle le rapport des experts de l’ONU

par Jeampy ALIVISION


Le rapport 2026 du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo (S/2026/466) apporte un éclairage inédit sur l’une des frappes les plus marquantes du conflit dans l’est du pays : celle qui a coûté la vie à Karine Buisset, humanitaire française de l’UNICEF, dans la nuit du 11 mars 2026 à Goma. Si les experts reconstituent avec précision le mode opératoire de l’attaque, ils s’abstiennent toutefois d’en désigner les auteurs.

Une frappe en deux temps

Il est près de 4 heures du matin lorsque deux explosions retentissent dans le quartier Himbi, à Goma. La première est enregistrée au-dessus du lac Kivu. Quelques minutes plus tard, une seconde déflagration frappe une habitation où séjourne Karine Buisset, spécialiste des programmes de protection contre l’exploitation et les abus sexuels au sein de l’UNICEF.

L’humanitaire française est tuée sur le coup, aux côtés de deux autres civils. La MONUSCO évoquera rapidement l’utilisation de « drones d’attaque », tandis que le président français Emmanuel Macron annoncera publiquement son décès.

Une attaque méthodiquement reconstituée

À partir d’images, de vidéos, de témoignages et d’analyses balistiques, les experts de l’ONU concluent qu’il s’agit d’une frappe menée par un drone ayant approché depuis le lac Kivu.

Selon leurs conclusions, l’appareil aurait largué deux munitions successives : la première serait tombée dans le lac, tandis que la seconde aurait atteint la maison entre cinq et dix minutes plus tard. Des sources confidentielles citées dans le rapport évoquent également la présence possible d’un second drone chargé de l’observation et du guidage de l’opération.

Une munition militaire sophistiquée

Les dommages observés excluent, selon les enquêteurs, l’hypothèse d’une simple charge artisanale transportée par un petit drone commercial.

Les experts privilégient celle d’une munition aérienne planante d’environ 70 millimètres, dotée d’une charge explosive estimée entre cinq et dix kilogrammes et combinant des effets de souffle, de fragmentation et, possiblement, des composants incendiaires.

Les multiples impacts métalliques relevés sur la façade de l’habitation correspondent aux caractéristiques d’une munition à fragmentation. L’analyse technique laisse penser que l’explosion s’est produite en altitude, juste avant l’impact, probablement au niveau de la toiture, selon un angle d’attaque compris entre 25 et 45 degrés.

L’auteur de la frappe demeure inconnu

Si le rapport décrit avec précision le déroulement de l’attaque, il ne tranche pas la question essentielle : celle de son auteur.

L’AFC/M23 accuse les Forces armées de la RDC d’être à l’origine de la frappe. Kinshasa, de son côté, a présenté ses condoléances, ouvert une enquête et dénoncé une « agression technologique » imputée au Rwanda, sans désigner officiellement de responsable.

Parallèlement, plusieurs sources sécuritaires citées par différents médias estiment que la frappe visait des responsables de groupes armés et que la maison aurait été touchée par erreur.

Une guerre de plus en plus technologique

Au-delà de cette affaire, le rapport met en évidence l’évolution des méthodes de combat dans l’est de la RDC, où l’emploi de drones armés devient de plus en plus fréquent.

Selon les données de l’organisation ACLED, une trentaine de frappes de drones et de raids aériens ont été recensées dans la région au cours du seul mois de février 2026, un niveau inédit depuis le début du conflit.

Le rapport des experts des Nations unies apporte ainsi des éléments techniques déterminants sur la frappe du 11 mars. Il établit la nature de l’attaque, sa trajectoire et le type probable de munition employée. En revanche, l’identité de ceux qui ont ordonné et exécuté cette opération demeure, à ce stade, une question ouverte.

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