RDC : Joseph Kabila, le Rwanda et les minerais — le silence international révolte les Congolais
Alors que Washington appelle Kinshasa et le Front pour la refondation de la nation (FRN), successeur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), à poursuivre les négociations de paix, des citoyens congolais dénoncent le silence de la communauté internationale face au rôle qu’ils attribuent à Joseph Kabila dans la déstabilisation de la RDC. Pour eux, rechercher la paix sans examiner les responsabilités politiques derrière la crise risque de prolonger les souffrances de la population et de servir des intérêts étrangers.
Washington privilégie la voie diplomatique
Le 13 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Jeffrey Bartos, représentant des États-Unis pour la gestion et la réforme des Nations unies, a exhorté la RDC et le FRN à poursuivre les négociations engagées à Doha afin de finaliser les protocoles encore en suspens.
Washington a salué les avancées diplomatiques ainsi que la médiation du Qatar, tout en soulignant la nécessité de coordonner les initiatives de paix avec les efforts de l’Union africaine et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
Cet appel suscite cependant des interrogations parmi les citoyens interrogés par Globalepresse. Pour eux, la recherche d’une solution politique ne peut faire l’impasse sur les responsabilités qu’ils attribuent à certains acteurs dans la persistance du conflit.
Joseph Kabila au cœur de la colère populaire
À Kinshasa comme ailleurs dans le pays, des citoyens s’interrogent sur la trajectoire de Joseph Kabila, ancien président de la République, qu’ils voient jouer un rôle dans la dynamique de la rébellion.
Pour ces Congolais, il est difficile de comprendre comment un ancien chef de l’État, qui a dirigé le pays pendant plusieurs années, pourrait chercher à revenir au pouvoir dans un contexte marqué par la guerre, les déplacements de populations et les pertes en vies humaines.
Les personnes interrogées établissent un lien entre les ambitions politiques qu’elles prêtent à Joseph Kabila, les intérêts du Rwanda en RDC et la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays. À leurs yeux, l’ancien président agirait dans une logique favorable aux intérêts rwandais sur le territoire congolais.
Elles estiment également qu’il aurait exercé, dans l’ombre, une influence sur les dynamiques de la rébellion avant de se retrouver davantage exposé sur la scène politique. Selon leur analyse, cette évolution intervient alors que Washington accentue la pression sur Kigali concernant la présence de militaires rwandais en RDC.
Leur indignation vise surtout le silence de la communauté internationale. Ces citoyens ne comprennent pas que les appels au retrait des forces rwandaises et au rétablissement de la paix ne s’accompagnent pas, selon eux, d’une attention suffisante aux responsabilités qu’ils attribuent à l’ancien président congolais.
La paix sans examen des responsabilités ?
Pour les personnes interrogées, la crise congolaise ne peut être réduite aux affrontements entre les Forces armées de la RDC et les groupes rebelles. Elle doit également être analysée à travers les réseaux politiques, les soutiens régionaux et les intérêts stratégiques susceptibles d’entretenir le conflit.
Elles craignent que les négociations ne privilégient les rapports de force au détriment des aspirations populaires, en accordant une place centrale aux acteurs armés sans répondre aux interrogations sur les origines et les soutiens de la rébellion.
Pour ces citoyens, la prise des armes ne devrait jamais devenir un moyen ordinaire de conquérir le pouvoir ou d’imposer des intérêts politiques. Une solution durable doit garantir la sécurité des populations, le respect de la souveraineté nationale et le libre choix des dirigeants par les citoyens.
Rubaya : les minerais au cœur des interrogations
La question des ressources naturelles renforce les inquiétudes exprimées par les personnes interrogées.
La mine de Rubaya, dans le Nord-Kivu, est connue pour ses réserves de coltan et se trouve dans une zone passée sous contrôle rebelle. Cette situation soulève des préoccupations concernant l’exploitation et la commercialisation des minerais issus des territoires échappant au contrôle des autorités congolaises.
Pour plusieurs citoyens, une question essentielle se pose : alors que les puissances internationales affichent leur volonté de stabiliser la RDC, quelle place les intérêts économiques liés aux minerais stratégiques occupent-ils dans leurs calculs ?
Ces personnes redoutent que le contrôle des ressources naturelles contribue à prolonger les rapports de force dans l’Est du pays. Elles soupçonnent certains acteurs de chercher à préserver leur influence sur des territoires riches en minerais, pendant que les populations continuent de subir les conséquences de la guerre.
Ces interrogations alimentent une défiance envers les initiatives internationales lorsque celles-ci ne semblent pas apporter de réponses concrètes aux enjeux de souveraineté et d’exploitation des ressources congolaises.
Trente ans de crise : les Congolais refusent de se taire
Les témoignages recueillis par Globalepresse traduisent une profonde lassitude face à la répétition des crises sécuritaires dans l’Est de la RDC.
Pour les citoyens interrogés, les souffrances accumulées au fil des décennies ne peuvent être dissociées des rivalités politiques régionales, des ingérences qu’ils dénoncent et des intérêts économiques liés aux ressources naturelles du pays.
Ils estiment que la population congolaise a suffisamment payé le prix des conflits et refuse de continuer à subir les conséquences de stratégies décidées sans elle.
Leur colère vise également ce qu’ils perçoivent comme un traitement inégal des acteurs de la crise : les groupes armés sont invités à négocier, tandis que les responsabilités qu’ils attribuent à certaines personnalités politiques restent, selon eux, insuffisamment examinées.
Le silence international en question
L’appel de Washington à poursuivre les négociations s’inscrit dans une volonté de maintenir ouverte la voie diplomatique. Mais, pour les citoyens interrogés, la paix ne peut se résumer à un accord entre les parties en conflit.
Ils attendent des partenaires internationaux davantage de cohérence entre leurs déclarations sur la souveraineté congolaise, leurs exigences concernant le retrait des forces étrangères et les mesures destinées à mettre fin aux soutiens présumés aux groupes armés.
Ils réclament également davantage de transparence sur l’exploitation des minerais stratégiques, afin que les richesses de la RDC cessent d’être perçues comme une source de convoitises alimentant l’instabilité.
Derrière les efforts diplomatiques se pose une question fondamentale : peut-on réellement ramener la paix en RDC sans examiner les responsabilités politiques dénoncées par les citoyens et les intérêts qui gravitent autour de la guerre ?
Pour les Congolais interrogés, la réponse est claire : la paix ne doit ni légitimer les rapports de force imposés par les armes ni préserver des intérêts étrangers au détriment de la population.
Ils réclament une paix qui protège les citoyens, restaure l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et garantisse aux Congolais la maîtrise de leurs ressources naturelles.
J.A


