RDC -ARSP : après 100 jours, Ted Beleshayi veut faire de la sous-traitance un moteur de l’entrepreneuriat congolais
KINSHASA — Cent jours après sa prise de fonctions à la tête de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Ted Beleshayi Kasanda veut insuffler une nouvelle dynamique à l’institution. Digitalisation des services, renforcement des contrôles, rigueur dans la gestion financière et professionnalisation des équipes constituent les principaux axes de son action depuis son entrée en fonction, le 11 juin 2026.
À l’occasion de la présentation de son premier bilan, le directeur général a présenté ces cent premiers jours comme une phase de consolidation et de transformation, destinée à renforcer les capacités opérationnelles de l’ARSP et à préparer une nouvelle étape dans la régulation de la sous-traitance en République démocratique du Congo.
Sa démarche repose sur trois orientations : réformer, moderniser et réguler.
La digitalisation au cœur de la modernisation
La transformation numérique figure parmi les priorités de la nouvelle direction. Plusieurs initiatives ont été engagées pour simplifier les procédures administratives et faciliter les démarches des entreprises auprès de l’ARSP.
La dématérialisation de l’enregistrement, le déploiement de la télédéclaration, la modernisation des outils informatiques et l’amélioration de la gestion des données doivent permettre de rendre les services plus accessibles et plus efficaces, tout en renforçant la traçabilité des opérations.
Pour la direction générale, cette digitalisation doit également contribuer à rapprocher l’administration des opérateurs économiques et à réduire les lourdeurs administratives susceptibles de ralentir leurs activités.
Une gestion financière davantage encadrée
La rigueur financière constitue un autre axe majeur de cette première phase de gestion. Un audit des engagements ainsi qu’une rationalisation des dépenses ont été engagés afin d’améliorer la maîtrise des ressources de l’institution.
Cette démarche s’accompagne d’une réorganisation interne visant à clarifier les responsabilités, à mieux définir les fonctions et à renforcer la discipline administrative.
À travers ces mesures, Ted Beleshayi entend instaurer une culture de rigueur, de transparence et d’équité dans le fonctionnement de l’ARSP.
Renforcer les contrôles pour assainir le secteur
Le renforcement des missions de contrôle occupe également une place importante dans le bilan des cent premiers jours.
L’ARSP entend améliorer le suivi de la conformité des entreprises et lutter contre les pratiques qui contournent les règles applicables à la sous-traitance. La professionnalisation des inspecteurs et des contrôleurs doit permettre de mieux identifier les irrégularités et d’assurer un suivi plus efficace des mesures correctives.
Pour la direction générale, le contrôle ne doit toutefois pas être perçu uniquement comme une démarche punitive. Il doit surtout contribuer à assainir le marché, garantir l’équité entre les opérateurs et favoriser le respect des règles.
Un meilleur accès aux marchés pour les entreprises congolaises
Au-delà de sa mission de régulation, l’ARSP entend renforcer son rôle dans la promotion de l’entrepreneuriat congolais.
L’objectif affiché est de permettre aux entreprises à capitaux majoritairement congolais d’accéder davantage aux marchés de sous-traitance, de renforcer leurs capacités d’exécution et, à terme, de consolider leur croissance.
Cette ambition passe également par la question du financement. L’ARSP souhaite développer davantage de passerelles avec les banques et les établissements publics à caractère financier, notamment le Fonds de promotion de l’industrie (FPI).
L’enjeu est particulièrement important pour les petites et moyennes entreprises qui, malgré l’obtention de marchés, éprouvent parfois des difficultés à mobiliser les ressources nécessaires à l’exécution de leurs contrats.
Le contenu local au service de la création de valeur
La mise en œuvre du nouveau cadre légal relatif au contenu local, notamment à travers la loi du 30 juin 2026, constitue également l’un des chantiers importants de cette nouvelle dynamique.
Pour l’ARSP, cette réglementation ne doit pas rester limitée à un dispositif juridique. Elle doit devenir un véritable outil de création d’emplois, de transfert de compétences et de technologies et d’accroissement de la valeur ajoutée produite en RDC.
L’ambition est ainsi de faire en sorte que les investissements réalisés dans le pays bénéficient davantage aux entreprises et aux entrepreneurs congolais.
Des contrôles renforcés dans le secteur minier
Cette volonté de renforcer la régulation s’est notamment traduite par des opérations de contrôle dans le secteur minier.
Selon les données présentées dans le bilan, l’ARSP a identifié 128 inscriptions de sous-traitants considérés comme non éligibles dans trois filiales d’ERG : 77 chez Frontier, 28 chez Boss Mining et 23 chez Metalkol.
Des injonctions portant sur 140 contrats ont également été adressées à trois sociétés du groupe Ivanhoe. À la Sicomines, six prestataires concernés représenteraient par ailleurs 80 % du chiffre d’affaires de la sous-traitance.
Ces opérations traduisent la volonté de l’ARSP de renforcer le respect de la réglementation et de mieux encadrer l’accès aux marchés de sous-traitance.
Après 100 jours, place à l’accélération
Pour Ted Beleshayi, ces cent premiers jours ne constituent qu’une première étape. La prochaine phase devra notamment permettre d’accélérer la digitalisation, d’intensifier les contrôles sur le terrain, de poursuivre la professionnalisation des équipes et de consolider les mécanismes de gestion financière.
L’ARSP entend également renforcer son action en faveur de l’accès des entreprises éligibles aux marchés et au financement, tout en accélérant la mise en œuvre du nouveau cadre relatif au contenu local.
Au terme de ces cent premiers jours, le chantier reste donc important. L’enjeu pour Ted Beleshayi est désormais de transformer les réformes engagées en résultats concrets pour les entreprises congolaises, en faisant de la sous-traitance non seulement un secteur mieux régulé, mais aussi un véritable levier de création de valeur, d’emplois et de développement économique en République démocratique du Congo.
Jeampy Alivision


