Commerce mondial : Washington accuse 40 pays de faciliter le contournement des tarifs chinois

Commerce mondial : Washington accuse 40 pays de faciliter le contournement des tarifs chinois

À quelques heures de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Washington, la question du commerce sino-américain revient au premier plan. Un rapport publié par la Maison-Blanche accuse plus de 40 économies de présenter un risque élevé de transbordement de marchandises chinoises vers les États-Unis, afin d’échapper aux droits de douane américains. Neuf pays d’Amérique latine et des Caraïbes figurent dans cette liste : le Mexique, le Brésil, l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Pérou, le Panama, le Costa Rica et la République dominicaine.

Washington dénonce un « réseau de transbordement »

Intitulé « The Great Transshipment Scam », le rapport a été publié le 13 août par l’Office of Trade and Manufacturing Policy de la Maison-Blanche, dirigé par Peter Navarro.

Selon l’administration américaine, certains produits fabriqués en Chine seraient expédiés vers des pays tiers avant d’être réexportés vers les États-Unis avec une nouvelle déclaration d’origine. Le mécanisme pourrait notamment passer par le réétiquetage, le reconditionnement, la réfacturation ou encore des opérations d’assemblage limitées.

L’objectif présumé serait de bénéficier de droits de douane inférieurs à ceux appliqués directement aux produits chinois.

La Maison-Blanche estime que ces pratiques pourraient entraîner des dizaines de milliards de dollars de pertes annuelles pour les recettes douanières américaines. Mais les estimations varient fortement selon les méthodes utilisées : les chiffres cités dans le rapport vont de plusieurs dizaines à plus de 100 milliards de dollars de marchandises potentiellement concernées.

Neuf pays latino-américains concernés

L’Amérique latine occupe une place particulière dans ce dispositif. Le Mexique, le Brésil, l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Pérou, le Panama, le Costa Rica et la République dominicaine figurent parmi les économies identifiées par Washington.

La liste ne signifie toutefois pas que les autorités américaines accusent chacun de ces États d’organiser ou de tolérer une fraude. Le rapport reconnaît lui-même que l’augmentation des exportations de certains pays vers les États-Unis ne suffit pas à démontrer l’existence d’un transbordement illégal.

Le phénomène est d’autant plus complexe que les chaînes de production internationales sont aujourd’hui fortement intégrées. Un produit peut incorporer des composants chinois, être assemblé dans un autre pays puis légalement exporté vers les États-Unis, à condition de respecter les règles d’origine applicables.

Le Mexique et le Panama sous les projecteurs

Le Mexique est particulièrement exposé en raison de l’importance de ses échanges avec les États-Unis et de son intégration industrielle avec l’Amérique du Nord.

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a rejeté les accusations de l’administration américaine, affirmant que son gouvernement avait démontré l’absence de « schéma de triangulation » illégale et soulignant que de nombreux produits importés au Mexique font l’objet d’une véritable transformation avant leur réexportation.

Le Panama, de son côté, apparaît dans le débat en raison de son rôle logistique et de la position stratégique du canal. Le pays constitue un important point de passage du commerce international entre les océans Atlantique et Pacifique.

Une nouvelle dimension dans la rivalité Washington-Pékin

La publication de ce rapport intervient dans un contexte particulièrement sensible : Donald Trump et Xi Jinping doivent se rencontrer à Washington le 24 septembre pour discuter notamment des relations commerciales entre les deux puissances.

La question des tarifs douaniers constitue l’un des principaux dossiers de la relation bilatérale. Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, Washington cherche à réduire ce qu’il considère comme des pratiques commerciales déloyales et à protéger davantage la production américaine.

Pour Pékin, les mesures américaines constituent au contraire une pression supplémentaire sur les échanges internationaux et les chaînes d’approvisionnement chinoises.

L’Amérique latine au cœur du bras de fer

Derrière cette nouvelle offensive commerciale apparaît également une réalité géopolitique : la place croissante de la Chine en Amérique latine.

Pékin est devenu un partenaire commercial majeur de plusieurs économies latino-américaines et investit dans les infrastructures, les ports, l’énergie et les ressources naturelles de la région.

Cette présence chinoise préoccupe Washington, qui cherche parallèlement à renforcer son influence économique dans son propre hémisphère.

Le dossier du transbordement devient ainsi plus qu’une simple question douanière. Il touche aux chaînes d’approvisionnement, aux investissements chinois, aux infrastructures portuaires et, plus largement, à la compétition entre les États-Unis et la Chine pour l’influence économique mondiale.

Des contrôles américains renforcés

Pour lutter contre les pratiques considérées comme frauduleuses, l’administration Trump indique renforcer les capacités des services douaniers américains et développer des outils utilisant l’intelligence artificielle pour analyser les routes commerciales, les capacités de production et les données liées aux expéditions.

Washington entend ainsi identifier les flux commerciaux présentant les caractéristiques d’un éventuel contournement des droits de douane.

Mais la question centrale reste celle de la distinction entre fraude douanière et mondialisation des chaînes de production. Une hausse des exportations d’un pays vers les États-Unis après l’instauration de tarifs sur les produits chinois peut avoir plusieurs explications, dont certaines parfaitement légales.

Un dossier qui pèse sur le sommet Trump-Xi

À la veille du face-à-face entre Donald Trump et Xi Jinping, Washington envoie donc un nouveau signal : les États-Unis veulent surveiller davantage les routes commerciales indirectes utilisées par les marchandises chinoises et empêcher que des pays tiers servent de relais pour contourner les droits de douane.

Pour les neuf pays latino-américains cités, l’enjeu est désormais de préserver leurs échanges avec les États-Unis tout en maintenant leurs relations commerciales avec la Chine.

Au-delà des tarifs douaniers, c’est donc une bataille pour le contrôle des chaînes d’approvisionnement mondiales qui se joue en arrière-plan du sommet Trump-Xi. Et l’Amérique latine se retrouve, une nouvelle fois, au cœur du rapport de force entre les deux premières puissances économiques mondiales.

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