Guerre en Ukraine : Dmitri Medvedev accuse le RN de « russophobie » et de soutenir les « nazis à Kiev »

Guerre en Ukraine : Dmitri Medvedev accuse le RN de « russophobie » et de soutenir les « nazis à Kiev »

Le ton monte entre Moscou et le Rassemblement national. L’ancien président russe Dmitri Medvedev s’en est violemment pris au parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, après un récent communiqué du RN affichant une ligne plus ferme à l’égard de la Russie. Une passe d’armes qui intervient à quelques mois de la présidentielle française de 2027.

La guerre en Ukraine s’invite une nouvelle fois dans le débat politique français. Lundi 21 septembre, Dmitri Medvedev, ancien président de la Fédération de Russie et actuel secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe, a ciblé frontalement le Rassemblement national (RN), après que le parti français a affiché sa volonté de ne pas céder aux pressions de Moscou.

Dans un message publié sur X, Medvedev a estimé que le parti dirigé par Jordan Bardella était désormais devenu un « parti européen ordinaire », caractérisé selon lui par la « russophobie » et le soutien aux « nazis à Kiev ». Ces termes relèvent de son appréciation politique et ne constituent pas une qualification indépendante du conflit ukrainien ou des autorités ukrainiennes.

Le virage du RN dans le viseur de Moscou

La sortie de Dmitri Medvedev intervient après une prise de position commune de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Dans leur communiqué, les deux responsables ont affirmé que la Russie ne pouvait pas « dicter directement ou indirectement la politique » française par l’intimidation, la menace ou la déstabilisation.

Le RN a également condamné la décision de Moscou de prendre le contrôle d’actifs d’entreprises européennes encore présentes en Russie, citant notamment Auchan et Nestlé. Marine Le Pen a qualifié ces mesures d’« actes hostiles » portant atteinte aux intérêts des entreprises françaises et européennes.

Le parti a par ailleurs déclaré qu’aucune opération de déstabilisation ne devait conduire la France à faciliter l’obtention par la Russie de ses objectifs de guerre en Ukraine. Cette évolution constitue une inflexion notable par rapport aux positions qui avaient régulièrement valu au RN d’être présenté comme proche ou conciliant à l’égard de Moscou.

« Est-ce que c’était amical ? »

Dmitri Medvedev a également réagi aux sanctions françaises contre la Russie et aux livraisons d’armes françaises à l’Ukraine.

Évoquant la position de Marine Le Pen sur les actifs d’Auchan, il a opposé les mesures prises par Paris à l’aide militaire française destinée à Kiev, avant de demander, sur un ton particulièrement offensif, si l’ensemble de ces décisions pouvait réellement être considéré comme « amical » à l’égard de la Russie.

Cette attaque intervient dans un contexte où les positions du RN sur la Russie et la guerre en Ukraine font l’objet d’une attention accrue en France, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Plusieurs adversaires politiques de Marine Le Pen cherchent notamment à interroger la cohérence de la ligne internationale du parti.

Une fracture qui persiste au sein du RN

Si la direction du RN affiche désormais une position plus ferme face à Moscou, le parti reste traversé par des sensibilités différentes sur la politique russe.

Le Monde rapporte notamment que certains responsables du RN demeurent critiques à l’égard de la politique française vis-à-vis de Vladimir Poutine. L’eurodéputé Thierry Mariani, régulièrement identifié comme l’une des voix favorables à une relation plus étroite avec Moscou, a ainsi relativisé certaines menaces liées au conflit ukrainien et critiqué la communication présidentielle française sur le risque de guerre.

Cette diversité de positions complique la lecture de la stratégie internationale du RN, qui tente de conjuguer son discours de souveraineté nationale avec une volonté affichée de défendre les intérêts français dans un contexte européen marqué par la guerre.

Moscou adopte, de son côté, un ton plus nuancé

La virulence de Dmitri Medvedev contraste toutefois avec la réaction plus mesurée du Kremlin.

Interrogé sur les déclarations de Marine Le Pen et Jordan Bardella, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a déclaré que Moscou rejetait catégoriquement l’idée selon laquelle la Russie chercherait à menacer ou à faire pression sur la France.

Cette différence de ton illustre les multiples registres de la communication russe à l’égard des responsables politiques européens : d’un côté, les attaques très directes de Medvedev ; de l’autre, une communication officielle du Kremlin davantage tournée vers le démenti et la défense de la position russe.

La guerre en Ukraine au cœur de la bataille politique française

À l’approche de la présidentielle française de 2027, la politique étrangère pourrait prendre une place plus importante dans les débats internes, notamment autour de l’avenir du soutien français à l’Ukraine, des relations avec Moscou et de la place de la France dans l’Union européenne et l’OTAN.

Pour le RN, la question est désormais de préciser sa doctrine face à la Russie tout en maintenant ses positions sur la souveraineté française et la politique européenne.

Pour Moscou, le changement de ton du parti de Marine Le Pen constitue manifestement un sujet d’attention. La réaction de Dmitri Medvedev en témoigne : autrefois régulièrement accusé en France de proximité avec le pouvoir russe, le RN se retrouve désormais directement pris pour cible par l’un des responsables russes les plus virulents à l’égard des gouvernements occidentaux.

À plusieurs mois du scrutin présidentiel, la guerre en Ukraine ne se limite donc plus aux champs de bataille : elle continue de peser sur les équilibres diplomatiques européens et s’impose progressivement comme un enjeu de politique intérieure française.

JA

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