Rocade de Kinshasa : le pari à 396 millions de dollars qui veut desserrer l’étau de la capitale
KINSHASA — À Kinshasa, la circulation est devenue l’un des marqueurs les plus visibles de la croissance urbaine. Avec une population qui dépasse désormais les 15 millions d’habitants, la capitale congolaise s’étend plus vite que ses infrastructures. Pour tenter de corriger ce déséquilibre, un chantier majeur avance en périphérie : les rocades Sud-Est et Sud-Ouest, un contournement de 73 kilomètres destiné à modifier en profondeur la manière de circuler dans la ville.
L’idée est simple : permettre aux automobilistes de passer d’un bout à l’autre de Kinshasa sans être systématiquement contraints de traverser le centre-ville.
Lancé en juin 2024 sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, le projet est réalisé dans le cadre du programme sino-congolais. Son coût est estimé à 395,9 millions de dollars, selon la fiche technique de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT). La route doit être aménagée en 2×2 voies, avec plusieurs ouvrages d’art et des échangeurs destinés à assurer la connexion avec les principaux axes routiers.
73 kilomètres pour contourner Kinshasa
Le tracé constitue le cœur du projet. Il doit relier l’est de la capitale, autour de Kimbanseke et de l’avenue Ndjoku, à l’ouest, jusqu’à Kinsuka Pompage et Lutendele, en passant notamment par Mitendi et la RN1.
À terme, cette ceinture routière doit permettre de rejoindre plus rapidement l’aéroport international de N’djili, le Kongo Central ou encore les territoires situés vers le Grand Bandundu, sans devoir emprunter systématiquement les axes centraux déjà saturés.
Le chantier ne se limite toutefois pas à poser de l’asphalte. Plusieurs ouvrages de franchissement sont prévus, dont trois ponts de grande portée, ainsi qu’un important échangeur à Mitendi permettant à la rocade de croiser la RN1. Des travaux de terrassement, de stabilisation des sols et de construction de murs de soutènement sont également nécessaires dans les zones particulièrement exposées aux érosions.
Un chantier à 42 %… mais encore sous pression
Lors d’une visite effectuée le 12 mai 2026, la Première ministre Judith Suminwa avait constaté un taux d’exécution physique proche de 42 %. Elle avait toutefois identifié un obstacle majeur : les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations installées sur certaines emprises, notamment entre Ndjoku et Buma. Près de 3 000 propriétés seraient concernées par ces opérations.
Le calendrier reste ambitieux. L’ACGT vise désormais une mise en service autour de septembre 2027, alors que la fiche technique initiale prévoyait une durée d’exécution de 36 mois à compter de juin 2024. Le gouvernement veut donc éviter que les difficultés administratives et foncières ne transforment ce chantier en nouvelle infrastructure à livraison incertaine.
L’héritage infrastructurel de Tshisekedi ?
C’est sur ce terrain que le projet prend une dimension politique. Lancée sous la présidence de Félix Tshisekedi et financée dans le cadre du partenariat sino-congolais, la rocade s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de modernisation des infrastructures et de désengorgement des grands centres urbains.
Mais parler dès aujourd’hui d’« héritage » serait prématuré. La véritable mesure du succès ne sera pas le nombre de kilomètres construits, mais l’impact concret sur le quotidien des Kinois : temps de trajet réduit, circulation plus fluide, meilleure connexion entre les quartiers périphériques et accès facilité aux grands corridors économiques.
À Kinshasa, une route de 73 kilomètres peut donc représenter bien plus qu’un simple chantier. Elle peut devenir une nouvelle colonne vertébrale urbaine.
Reste une inconnue : la route sera-t-elle livrée dans les délais et surtout, changera-t-elle réellement les habitudes de mobilité d’une mégapole qui continue de s’étendre ?
Pour l’instant, la rocade est encore un chantier. Mais si elle tient ses promesses, elle pourrait compter parmi les infrastructures qui auront le plus profondément redessiné Kinshasa sous l’ère Tshisekedi.
Jeampy ALIVISION


