🇨🇩🇧🇮 RDC–BURUNDI : LES HAUTS PLATEAUX DU SUD-KIVU, NOUVEAU FOYER D’UNE ESCALADE RÉGIONALE ?
Selon la page Auto-Défense Maï-Maï, une nouvelle configuration militaire serait en train de se dessiner dans les Hauts et Moyens Plateaux du Sud-Kivu. La publication affirme qu’une réunion réunissant plusieurs groupes armés aurait récemment consacré un rapprochement entre le M23/AFC, le Twirwaneho, le RED-Tabara et les FNL-Nzabampema, avec, à la clé, des menaces contre le pouvoir burundais.
À ce stade, ces affirmations n’ont pas été confirmées indépendamment. Mais elles interviennent dans un contexte régional déjà extrêmement tendu, marqué par la circulation de groupes armés entre le Sud-Kivu et la frontière burundaise.
Une proximité avec le Burundi qui inquiète
Le rapprochement entre certains groupes armés burundais et la coalition AFC/M23-Twirwaneho n’est pas entièrement nouveau.
Un rapport récent consacré à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC fait état du redéploiement de combattants du RED-Tabara et des FNL vers des zones proches de la frontière burundaise. Des combattants des deux mouvements auraient également participé à des opérations aux côtés de l’AFC/M23, du Twirwaneho et de la RDF dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu.
Cette évolution est particulièrement sensible pour Bujumbura. En début d’année, les autorités burundaises avaient déjà fait état de la présence de combattants du RED-Tabara et des FNL-Nzabampema à proximité de la frontière, évoquant également des tentatives d’infiltration.
Le Burundi considère depuis plusieurs années les groupes rebelles burundais opérant dans l’est de la RDC comme une menace directe à sa sécurité.
Jusqu’où pourrait aller cette menace ?
La publication Auto-Défense Maï-Maï pose une question centrale : si une offensive contre le Burundi était réellement envisagée, comment pourrait-elle se matérialiser alors que les principaux axes frontaliers et les zones stratégiques sont surveillés par les forces régulières ?
Il convient toutefois d’éviter de transformer cette interrogation en scénario militaire précis. Une éventuelle offensive contre le Burundi ne dépendrait pas uniquement du contrôle d’un axe routier. Elle serait conditionnée par de nombreux facteurs : contrôle territorial, capacité de mobilisation des groupes armés, réaction des forces burundaises, positionnement de la RDC et surtout réaction des puissances régionales et internationales.
Autrement dit, la géographie militaire des Hauts Plateaux ne suffit pas à démontrer l’existence d’un plan opérationnel contre Bujumbura.
Pourquoi le Burundi serait-il une nouvelle cible ?
C’est probablement la question la plus importante.
Si les informations faisant état d’une volonté d’ouvrir un front burundais étaient confirmées, cela pourrait traduire un changement majeur dans la dynamique du conflit.
Première hypothèse : élargir le théâtre de confrontation. Une pression sur le Burundi pourrait contraindre Bujumbura à consacrer davantage de ressources à la défense de son territoire, alors que l’armée burundaise est déjà engagée dans le Sud-Kivu aux côtés des forces congolaises. Des combats entre le M23/Twirwaneho et la coalition FARDC–FDNB–Wazalendo ont notamment été signalés dans les Hauts Plateaux de Fizi et Mwenga en juin.
Deuxième hypothèse : fragiliser l’un des principaux soutiens militaires de Kinshasa dans le Sud-Kivu. Une détérioration de la situation sécuritaire au Burundi pourrait compliquer le dispositif régional autour de la frontière et réduire la marge de manœuvre de Bujumbura.
Troisième hypothèse : faire basculer le conflit congolais dans une dimension véritablement régionale. C’est précisément ce scénario qui inquiète depuis plusieurs mois les observateurs : une multiplication des acteurs étrangers et des groupes armés burundais, rwandais et congolais pourrait transformer le Sud-Kivu en espace de confrontation dépassant largement le seul cadre de la guerre entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Le paradoxe de la pression diplomatique
Cette hypothèse intervient alors que les efforts diplomatiques visant à réduire les combats dans l’est de la RDC se poursuivent.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a récemment renforcé la pression contre plusieurs responsables et groupes armés impliqués dans le conflit congolais.
Dans ce contexte, une éventuelle ouverture d’un nouveau front au Burundi aurait une conséquence immédiate : elle compliquerait considérablement les efforts visant à transformer les engagements diplomatiques en cessez-le-feu durable.
Une information Ă surveiller, mais avec prudence
L’annonce relayée par Auto-Défense Maï-Maï doit donc être considérée avec prudence.
La présence et le rapprochement de groupes armés burundais dans le Sud-Kivu sont documentés. Leur proximité avec la frontière burundaise constitue une réalité sécuritaire préoccupante. En revanche, l’existence d’une décision formelle visant à renverser le président Évariste Ndayishimiye dans les prochains jours reste, à ce stade, une affirmation non confirmée.
Le véritable enjeu est ailleurs : le Sud-Kivu est-il en train de devenir le point de bascule d’une crise congolaise vers une confrontation régionale ?
La réponse à cette question dépendra moins des déclarations des groupes armés que de leurs mouvements sur le terrain, de la réaction de Bujumbura, de Kinshasa, de Kigali et des médiateurs internationaux.
Pour l’heure, une chose est certaine : dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, la frontière entre crise congolaise et crise régionale devient de plus en plus difficile à tracer.
JA


