Ouganda-Tanzanie : à Tanga, Museveni et Samia veulent transformer le pétrole en levier industriel
Le pétrole ougandais pourrait bientôt changer de dimension. L’enjeu n’est plus seulement de l’acheminer vers l’océan Indien, mais de construire autour de Tanga, en Tanzanie, un véritable écosystème énergétique et industriel. Les présidents Yoweri Kaguta Museveni et Samia Suluhu Hassan ont renforcé leur coopération autour de plusieurs projets destinés à faire de l’axe énergétique entre les deux pays un moteur de l’intégration économique régionale.
Au cœur de cette stratégie figure l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP), qui doit transporter le brut produit en Ouganda jusqu’au port de Tanga. Les deux pays ont également avancé sur des projets complémentaires, notamment une conduite de gaz naturel de la Tanzanie vers l’Ouganda et un pipeline destiné au transport de produits pétroliers raffinés vers la Tanzanie.
Tanga, futur hub énergétique de l’Afrique de l’Est ?
Pour Dar es-Salaam comme pour Kampala, l’ambition dépasse donc largement l’exportation du brut. L’objectif est de développer autour des infrastructures pétrolières une chaîne de valeur susceptible de stimuler les investissements, les activités industrielles, les transports et les échanges commerciaux.
Cette orientation répond à une préoccupation régulièrement exprimée par le président Museveni : éviter que l’Afrique ne se contente d’exporter ses matières premières sans les transformer localement. Le chef de l’État ougandais défend notamment le développement du raffinage et de la valeur ajoutée comme moyens de créer des emplois et de renforcer l’industrialisation régionale.
L’EACOP, colonne vertébrale du dispositif
Le projet EACOP constitue la pièce maîtresse de cette architecture. Le pipeline doit relier les zones pétrolières de l’ouest de l’Ouganda au terminal de Chongoleani, près de Tanga, sur la côte tanzanienne.
Lors de leurs discussions de février 2026, les deux dirigeants avaient indiqué que le projet avançait conformément au calendrier et que les premières expéditions de pétrole brut étaient attendues à partir de juillet.
Cette infrastructure donne ainsi à la Tanzanie une place centrale dans la stratégie d’exportation pétrolière de l’Ouganda, tout en offrant à Kampala un accès direct à l’océan Indien.
Une coopération qui dépasse le pétrole
L’intérêt du projet réside également dans son potentiel d’entraînement. Les discussions entre Museveni et Samia portent plus largement sur les infrastructures, le commerce, les chemins de fer, les ports et la facilitation des échanges.
La Tanzanie souhaite notamment renforcer ses corridors commerciaux vers l’Ouganda, tandis que Kampala cherche à sécuriser des voies d’accès efficaces aux ports tanzaniens de Tanga et de Dar es-Salaam. Les deux pays veulent ainsi faire des infrastructures énergétiques et logistiques des instruments d’une intégration économique plus poussée au sein de l’Afrique de l’Est.
Un pari industriel et régional
Le véritable enjeu sera désormais de savoir si ces investissements permettront de dépasser le simple modèle d’exportation des hydrocarbures. Pour Kampala et Dar es-Salaam, le pari consiste à faire émerger autour de Tanga et des infrastructures de l’EACOP des activités industrielles capables de produire davantage de valeur localement.
Si cette stratégie se concrétise, l’axe Ouganda-Tanzanie-Tanga pourrait devenir l’un des nouveaux pôles énergétiques de l’Afrique de l’Est, tout en renforçant les interdépendances économiques entre les deux pays.
Pour Museveni comme pour Samia Suluhu Hassan, le pétrole n’est donc qu’un point de départ. L’ambition affichée est plus vaste : transformer une infrastructure d’exportation en véritable plateforme de développement industriel et d’intégration régionale.
Jeampy ALIVISION


