Dialogue politique en RDC : un premier pas vers l’apaisement, mais les véritables négociations restent à construire
Éditorial
Il existe des moments où la politique avance moins par les certitudes que par les signaux. L’annonce, par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de l’ouverture prochaine d’un dialogue national, sous la facilitation des principales confessions religieuses, appartient à cette catégorie. Avant même que les discussions ne commencent, elles produisent déjà leurs premiers effets : la coalition C64 a décidé de suspendre la marche qu’elle prévoyait d’organiser le 22 juillet.
Dans un pays où les crises politiques se règlent rarement autour d’une même table, ce geste mérite d’être relevé. Mais il serait prématuré d’y voir le début d’un consensus national.
Car derrière l’idée d’un dialogue se cache une question bien plus complexe : qui acceptera réellement de dialoguer, avec qui et dans quel objectif ?
Les premières réactions révèlent un paysage politique profondément fragmenté.
La C64, principale plateforme de l’opposition ayant appelé à la manifestation, accepte le principe du dialogue. Son adhésion reste toutefois conditionnelle. Elle attend des garanties sur le calendrier, les thèmes abordés et les engagements qui pourraient en découler. Pour cette coalition, suspendre une marche n’équivaut pas à abandonner ses revendications.
Le Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila Kabange adopte une attitude plus prudente. Sans rejeter frontalement l’initiative, il exprime des réserves sur les conditions de son organisation. Cette posture traduit une méfiance ancienne à l’égard des grands dialogues politiques, souvent accusés d’aboutir à des compromis sans véritable mise en œuvre.
L’AFC/M23, mouvement politico-militaire que les autorités congolaises présentent comme soutenu par le Rwanda, a pour sa part indiqué qu’il ne participerait pas au processus. Cette absence, si elle se confirme, soulève une interrogation majeure : peut-on espérer résoudre durablement la crise congolaise sans l’un des principaux acteurs du conflit dans l’Est du pays ? À l’inverse, une participation de ce mouvement susciterait de vives oppositions au sein d’une partie de la classe politique et de la société congolaise.
Les Wazalendo, mobilisés aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo contre les groupes rebelles dans l’Est, affichent une position différente. Ils se disent favorables au dialogue, mais uniquement s’il demeure un cadre de concertation entre Congolais et ne conduit pas, selon eux, à accorder une légitimité politique aux groupes armés.
Ces positions ne sont pas simplement contradictoires. Elles traduisent des visions différentes de la crise congolaise.
Pour certains, la priorité est institutionnelle : renforcer la gouvernance, consolider l’État de droit et apaiser les tensions politiques. Pour d’autres, l’urgence reste avant tout sécuritaire, avec la poursuite de la guerre dans l’Est. D’autres encore estiment que la question centrale demeure celle de la légitimité du pouvoir et des équilibres politiques issus des dernières élections.
Dans ce contexte, le dialogue ressemble moins à une négociation classique qu’à une partie d’échecs, où chaque acteur avance ses pièces avec prudence, évite les concessions prématurées et cherche à préserver son rapport de force avant même l’ouverture des discussions.
La décision de confier la facilitation aux confessions religieuses n’est pas anodine. Dans un environnement marqué par une profonde défiance entre les acteurs politiques, celles-ci apparaissent comme l’une des rares institutions encore capables de parler à l’ensemble des protagonistes. Mais leur crédibilité dépendra autant de leur impartialité que de leur capacité à maintenir autour de la même table des acteurs aux intérêts parfois irréconciliables.
L’histoire politique de la République démocratique du Congo rappelle enfin une réalité essentielle : les dialogues nationaux ne manquent pas. Des concertations de Sun City aux accords de la Saint-Sylvestre, les précédents ont souvent permis d’éviter une aggravation des crises, sans toujours parvenir à en traiter les causes profondes.
C’est pourquoi le véritable défi ne sera pas de réunir les acteurs. Il sera de produire un accord suffisamment crédible pour survivre aux calculs politiques, aux échéances électorales et aux réalités du terrain militaire.
Le dialogue voulu par Félix Tshisekedi constitue sans doute un pas dans la bonne direction. Mais il ne représente que le premier mouvement d’une partie dont l’issue demeure profondément incertaine. En politique comme aux échecs, ce n’est jamais l’ouverture qui décide du vainqueur. C’est la manière dont les joueurs conduisent le reste de la partie.


