🇰🇪🇺🇬 Lac Victoria : Nairobi face aux réserves de Kampala
Nairobi tente de faire avancer une nouvelle approche pour la gestion des eaux du lac Victoria, mais Kampala reste réservée. Poussé par ses alliés à rechercher un statut particulier pour les eaux du plus grand lac d’Afrique, le président kényan William Ruto a envoyé des émissaires auprès de l’Ouganda afin de négocier. Les discussions se heurtent toutefois à un blocage, faisant désormais planer l’hypothèse d’une intervention directe des deux chefs d’État.
Le dossier est sensible. Le lac Victoria est partagé entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, tandis que son bassin concerne également le Rwanda et le Burundi. Il constitue un espace stratégique pour la pêche, le transport, le commerce et les populations riveraines.
Pour Nairobi, l’enjeu est notamment de renforcer la coopĂ©ration et de mieux encadrer la gestion des ressources et des activitĂ©s sur le lac. Mais Kampala ne semble pas disposĂ©e Ă accepter facilement la formule proposĂ©e par son voisin kĂ©nyan.
Cette prudence s’inscrit dans un contexte oĂą les deux pays doivent dĂ©jĂ gĂ©rer rĂ©gulièrement des diffĂ©rends liĂ©s Ă la pĂŞche, Ă la sĂ©curitĂ© et Ă l’accès aux ressources halieutiques. Le prĂ©cĂ©dent de Migingo, petite Ă®le situĂ©e dans le lac et au cĹ“ur de tensions entre pĂŞcheurs kĂ©nyans et ougandais, illustre la sensibilitĂ© de ces questions.
Un lac au cœur des intérêts économiques régionaux
Au-delĂ des questions de souverainetĂ© et de gouvernance, le lac Victoria reprĂ©sente un enjeu Ă©conomique majeur pour l’Afrique de l’Est. Les États de la rĂ©gion cherchent notamment Ă dĂ©velopper le transport maritime et Ă faciliter la circulation des marchandises.
Le Kenya a récemment accéléré ses investissements dans le transport lacustre, notamment avec un projet de ferry destiné à relier plusieurs localités de la région de Kisumu et de la baie de Homa.
Mais les dĂ©fis environnementaux compliquent Ă©galement la gestion du bassin. L’Ouganda estime que la pollution, l’urbanisation rapide, le changement climatique et l’insuffisance des infrastructures menacent fortement l’avenir du lac. Kampala plaide pour des investissements rĂ©gionaux massifs et une gestion coordonnĂ©e plutĂ´t que pour des interventions fragmentĂ©es.
Ruto et Museveni bientĂ´t face Ă face ?
Le blocage actuel pourrait finalement pousser William Ruto et Yoweri Museveni Ă prendre directement le dossier en main. Pour Nairobi, l’objectif est d’obtenir une avancĂ©e diplomatique sur le statut et la gestion des eaux du lac. Pour Kampala, l’enjeu est de prĂ©server ses intĂ©rĂŞts et de ne pas accepter un mĂ©canisme qui pourrait ĂŞtre perçu comme dĂ©sĂ©quilibrĂ©.
Le lac Victoria devient ainsi un nouveau terrain de nĂ©gociation entre deux partenaires stratĂ©giques de l’Afrique de l’Est. Derrière la question de sa gestion se jouent Ă la fois des intĂ©rĂŞts Ă©conomiques, environnementaux, sĂ©curitaires et gĂ©opolitiques.


